La vie à deux, carcan rigide ou non ?

vie a deux

Et si la vie a deux n’était pas un carcan rigide, mais le moyen de s’épanouir ensemble et chacun de son côté ?

C’est le crédo de Julia Kristeva et Philippe Sollers dans leur livre à l’usage des néo-romantiques.

la vie à deux, carcan rigide ou non ?
La vie à deux, Philippe Sollers Julia Kristeva la connaissent, ici à Bordeaux photo Sophie Zhang

La vie à deux, carcan rigide ou non ? et si, à l’envers des rêves aseptisés de villa en banlieue avec option voiture à cinq portes et chien-chien qui court dans l’allée, s’allier pour la vie pouvait être un acte rebelle ?

vie à deux : Du mariage considéré comme un des beaux-arts de Julia Kristeva,Philippe Sollers
vie à deux : Du mariage considéré comme un des beaux-arts de Julia Kristeva,Philippe Sollers

Presque cinquante ans après leur rencontre, toujours aussi épris – et toujours aussi libres –, Julia Kristeva et Philippe Sollers émettent cette hypothèse. le couple iconique d’intellectuels français vient de publier « du mariage considéré comme un des beaux-arts », un recueil de dialogues qu’ils ont eus ensemble entre 1990 et 2004 et qui n’a jamais semblé aussi pertinent qu’en 2015, donnant vie à l’utopie d’une alliance séditieuse, presque contestataire. c’est encore une source d’inspiration pour une poignée de jeunes femmes biberonnées au féminisme. sans jamais penser le mariage comme une valeur refuge rassurante parce que inaltérable, elles y voient elles aussi un lieu de liberté. « La vie à deux ne doit pas être un carcan rigide », dit Natacha, une trentenaire en couple depuis neuf ans. le choix du sujet de mémoire de cette prof de français en dit long : l’alliance Beauvoir-Sartre. son compagnon et elle ont construit leur relation sur la base du respect des aspirations de chacun. « je dirais qu’on a une vision libertaire du couple. on aspire à construire à deux, mais on ne veut surtout pas être enfermés. » a ceux qui croient que c’est incompatible, Natacha répond que, dès lors qu’il n’y a pas d’obligations, il n’y a que des libertés.

Est-il possible de ne désirer que la personne qu’on aime pendant toute sa vie ?

Il suffit que le duo s’accorde sur ses attentes. « au fond, on est un peu comme une équipe : notre but est l’épanouissement individuel. chacun s’écoute et pousse l’autre où ses aspirations le conduisent. » un couple à la Frank et Claire Underwood dans « House of Cards » ? peut-être. mais, alors, dans la première saison. « notre époque se prête à ce type de compromis amoureux, remarque Soline Maillet, thérapeute sexologue, auteure du “sexe des femmes révélé aux hommes” [éd. contre-dires]. au

La vie à deux : Soline Maillet
La vie à deux : Soline Maillet

Début du xxe siècle, la norme était le couple bourgeois, sexuellement non exclusif, qui ne donnait pas d’importance au sentiment amoureux. l’après-guerre a vu naître le mariage d’amour, qui sous-entendait la fidélité sexuelle. et, dans les années 70, l’ouverture du couple est partie dans deux directions : d’un côté, le libertinage ; de l’autre, le polyamour. » avec tous ces brouillons, il s’agit pour la jeune génération d’inventer son modèle. Soline Maillet, adepte d’une réinvention du couple, a vu sa mère, totalement libre, peiner à accorder ses désirs sexuels et sa vie amoureuse. son père, à l’inverse, refrénait tous ses désirs par fidélité. « je me suis posé deux questions. est-ce que le corollaire de l’amour est la fidélité sexuelle ? est-il possible de ne désirer que la personne qu’on aime pendant toute sa vie ? un grand nombre de couples refusent aujourd’hui de tout sacrifier sur l’autel de la fidélité et des valeurs ancestrales, et, en même temps, ont appris que le modèle des années 70 ne fonctionnait pas sur la durée. » « mes parents ont été mariés pendant des années, malheureux pendant des années, se souvient natacha. ma mère dépendait financièrement et émotionnellement de mon père, qui, de son côté, croyait en la liberté seulement quand elle s’appliquait à lui-même.

Ce qui nous sort de la norme, ce n’est pas le fait d’avoir des histoires parallèles

Je pense qu’une alliance entre deux personnes – qu’il s’agisse du mariage ou pas – ne peut fonctionner que si chacun est autonome sur tous les plans. l’autre, alors, n’est pas là pour combler un vide, ce qui serait triste à mourir. Il apporte ses aspirations, ses aspérités, et il n’est pas dans une demande constante. » dans le premier chapitre de leur livre – un dialogue de 1996 –, Julia Kristeva et Philippe Sollers évoquent eux aussi quelques prérequis : elle parle de sécurité psychique, lui de parfaite égalité économique comme autant de conditions à leurs amours émancipatrices. Soline Maillet les rejoint sur ce point : « les questions d’épanouissement personnel sont finalement assez récentes. elles ont été hissées par l’indépendance financière des femmes et le souci de répartition égalitaire des tâches. force est de constater qu’on ne peut avancer dans ce sens que s’il y a un équilibre réel entre les deux partenaires. » mais, pour la sexologue, ce n’est pas tant une question de classe sociale ou d’éducation. « ceux qui sont loin de leur famille, qui ont vu autre chose, sont les plus enclins à remettre en question le modèle de leurs parents et à choisir le leur », note-t-elle. Hannah a 35 ans. elle a connu plusieurs relations amoureuses, en étant toujours en proie à cette insécurité psychique qu’évoque Julia Kristeva. ses partenaires aussi. « c’est comme si on cherchait chez l’autre un remède non pas pour aller bien mais pour tenir en n’allant pas mieux », dit-elle, amusée, avec le recul. « prenez ma dernière relation. quatre ans à vivoter avec quelqu’un qui n’était manifestement pas heureux, qui cherchait chez moi la stabilité émotionnelle qu’il n’avait pas. et moi qui cherchais chez lui la confiance en moi qui me manquait. comment être épanoui quand le schéma est aussi bancal ? » Hannah est aujourd’hui dans une relation ouverte qu’elle projette sur le très long terme. « il m’aura fallu du temps pour comprendre que ce n’était pas à l’autre de soutenir ma construction personnelle, mais à moi de m’en charger. toute seule. lorsque j’ai arrêté d’être constamment en demande de validation, j’ai pu m’interroger véritablement sur ce à quoi j’aspirais. la réponse : une relation amoureuse qui se construit sur la durée et une sexualité qui ne s’arrête pas au couple. au final, ce qui nous sort de la norme, ce n’est pas le fait d’avoir des histoires parallèles de temps en temps. c’est de l’assumer et d’être en couple malgré tout ! »

Dans une vie a deux, la leçon ne porte peut-être pas sur l’étrangeté de l’autre, mais sur la nôtre, d’étrangeté

Pour soline maillet, la clé en ce qui concerne la fidélité, « c’est d’en définir les termes à deux non pas a posteriori mais a priori ». se départir de l’idée que tout le monde a la même définition du mot et ne pas attendre que l’un des deux soit attiré par quelqu’un d’autre pour savoir ce que la fidélité veut dire pour le couple. un dernier conseil. il est signé julia kristeva : « la version romantique du couple aspire à l’osmose […]. c’est charmant, adolescent, fabuleux, tout le monde succombe au conte de fées, et je ne fais pas exception, mais je me moque moi-même de ces clichés qui me collent à la peau d’éternelle jeune fille. […] la durée du couple dans le temps est une permanente composition au sens musical du terme, qui implique le tact nécessaire à reconnaître et à laisser se déployer l’étrangeté de l’autre et de soi. ne pas avaler l’autre dans une pseudo-fusion qui s’avère, en définitive, être dominée par le narcissisme d’un seul, d’une seule. » in fine, au regard du demi-siècle de route de ces deux-là, la leçon ne porte peut-être pas sur l’étrangeté de l’autre, mais sur la nôtre, d’étrangeté. a célébrer sans attendre.

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Auteur : CDS-Mon Carré De Sable-Michel Mougenot

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