LA LANGUE QUE NOUS UTILISONS POUR NOUS EXPRIMER INFLUENCE NOTRE FAÇON DE PERCEVOIR LE MONDE QUI NOUS ENTOURE

Nous savions déjà que très tôt dans notre vie nous sommes sensibles à notre langue maternelle, dès les 3-4 premières semaines de sa vie un nourrisson est capable de faire la différence entre la langue maternelle et une langue qui lui est étrangère !

La langue, c’est la grande question de l’identité, en général, et de l’identité culturelle en particulier qui est posée et que je voudrais développer ici, devant vous, sous votre regard, en présence de vos oreilles. D’autant que quand on enseigne une langue étrangère, on sait, même si c’est difficile, que son enseignement est inséparable de l’enseignement de la culture du pays qui s’y attache.

L’apprentissage de cette langue initiale détermine notre vision du monde qui nous entoure tout au long de notre vie de manière spécifique selon un nombre infini de facteurs !

Le langage matérialise ce que nous voyons, entendons, pensons et imaginons. Plusieurs études ont prouvé que le sens que nous donnions aux choses était influencé par la ou les langues que nous parlions, nous sommes influencé directement par l’étymologie, la sémantique et par les règles de constructions grammaticales qui modèlent littéralement notre organisation neuronale.
Mais ce n’est pas tout, de nombreuses recherches ont démontré que parler plusieurs langues modifiait également notre cerveau de manière positive : être bilingue ou plus est une réelle stimulation cognitive, et nous protégerait même contre la démence.

Le bilinguisme : source de jeunesse de l’esprit

En effet, comme tout entraînement intellectuel, pratiquer régulièrement différentes langues rend notre cerveau plus flexible. Cette flexibilité mentale permet d’ailleurs aux bilingues de retarder jusqu’à 5 ans le vieillissement cognitif, notamment l’arrivée de maladies dégénératives liées à l’âge telles que la démence ou Alzheimer.
Autre fait, des études ont prouvé que les bilingues voyaient le monde différemment en fonction de la langue qu’ils utilisaient. Des chercheurs ont tenté de comprendre comment les différents modèles de langage pouvaient affecter le regard que nous posions sur le monde.
L’étude, publiée sur le journal « Psychological Science », a été faite sur des bilingues allemands/anglais et sur des monolingues.
Les chercheurs ont montré aux sujets des clips vidéo qui mettaient en scène des personnes dans des mouvements particuliers : une femme marchant en direction d’une voiture, et un homme qui faisait du vélo en direction du supermarché. Ils leur ont demandé de décrire les scènes.
En résultat, les monolingues allemands ont pour la plupart décrit l’action, mais aussi le but de l’action. Par exemple, ils ont décrit : « une femme qui marche vers sa voiture », ou « un homme qui va vers le supermarché ». Les anglais monolingues ont quant à eux uniquement décrit l’action, en décrivant « une femme qui marche » ou « un homme qui fait du vélo », sans mentionner le but de l’action.

Les germanophones sont des holistiques

La vision des personnes qui parlent allemand serait donc holistique, c’est-à-dire globale : ils pensent l’événement dans leur entité. La vision des personnes qui parlent anglais aurait plus tendance à zoomer sur des éléments intérieurs à l’événement : ils ont tendance à se concentrer uniquement sur l’action.
Ces tendances semblent être directement liées aux bases linguistiques de leur langage. En effet, notre rapport au temps semble influencé par les différents outils grammaticaux que notre langue utilise pour déterminer les actions dans le temps.

Les anglophones dans le feu de  l’action 

Par exemple, les Anglais marquent grammaticalement les événements qui sont en cours en appliquant le morphème -ing. Ainsi ils diront « I am playing the piano and I cannot come to the phone » (quand nous dirons “Je joue du piano et je ne peux pas répondre au téléphone”) ou « I was playing piano when the phone rang » (quand nous dirons “Je jouais du piano quand le téléphone a sonné”). Ce qui n’est pas le cas dans la langue allemande.
Les recherches sur les personnes qui pratiquent un second langage ont montré la relation entre la langue dans ses constructions grammaticales et la fréquence avec laquelle les personnes mentionnaient les objectifs de l’événement.
L’étude a aussi montré que ces différences ne se limitaient pas à l’usage d’une langue elle-même, mais s’étendait à la catégorisation non verbale des événements. Les chercheurs ont montré aux monolingues anglais et allemands une série de vidéos qui montraient des gens qui marchaient, faisaient du vélo, couraient ou conduisaient.

Les bilingues sont malléables

A chaque série de trois vidéos, ils ont demandé aux sujets si une scène avec des buts ambigus (une femme qui marche sur une route en direction d’une voiture garée) ressemblait le plus à une scène au but déterminé (une femme qui entre dans un bâtiment) ou à une scène sans orientation (une femme qui marche sur une chemin de campagne).
Sans surprise, les locuteurs allemands ont mis en relation les scènes ambiguës avec des scènes au but orienté plus fréquemment que les monolingues anglais l’ont fait. On peut en conclure que les germanophones sont plus aptes à se concentrer sur les issues possibles des actions alors que les Anglais se concentrent plus sur l’action.
Concernant les bilingues, ils semblaient être partagés entre ces différentes perspectives. Les Allemands qui parlaient couramment anglais étaient tout aussi focalisés sur l’objectif de l’action que les locuteurs allemands natifs testés dans leur propre pays. Un autre groupe d’Anglais et d’Allemands bilingues a été mis à l’épreuve en Angleterre, et étaient tout aussi concentrés sur l’action que les Anglais natifs.
Une autre expérience a été faite, toujours sur un groupe bilingue anglais/allemand. Les chercheurs leur ont fait répéter des chiffres à voix haute en anglais ou en allemand. Quand les sujets utilisaient la langue allemande, ils ont réagi comme des Allemands monolingues : ils voyaient les vidéos aux buts ambigus comme des vidéos au but orienté. A l’inverse, quand les bilingues utilisaient la langue anglaise pour répéter des chiffres, ils ont réagi comme les monolingues anglophones : ils ont vu les scènes ambiguës comme des scènes à fins ouvertes.
Quand les chercheurs ont pris au dépourvu les sujets en changeant la langue des numéros à mi-chemin de l’expérience, la concentration des sujets sur les buts par rapport à l’action s’est inversée.
Ainsi, parler une langue ou une autre a changé les perspectives des sujets. D’autres études ont montré que les comportements des bilingues variaient en fonction de la langue qu’ils utilisaient. Par exemple, les Arabes israéliens sont plus susceptibles d’associer des noms arabes comme Ahmed et Samir à des mots positifs en utilisant une langue arabe qu’en utilisant de l’hébreu.
Les personnes étudiées ont rapporté qu’elles se sentaient différentes en fonction du langage qu’elles utilisaient, et que les expressions de certaines émotions avaient différentes résonances selon la langue qu’elles utilisaient.
Enfin, il a été démontré que, lorsqu’ils sont confrontés à des risques, les bilingues avaient tendance à avoir des décisions plus rationnelles quand ils utilisaient leur second langage. Leur première langue leur donnerait une vision pleine de préjugés affectifs et donc plus faussée, qui influencerait la perception des risques et des avantages d’une situation.
Il n’y a donc pas de doute : la langue que nous parlons peut vraiment affecter la façon dont nous pensons. Nous savions déjà qu’en fonction des cultures et des intérêts propre d’une population, il y avait un « bagage » sémantique particulier, en Inde par exemple, il y a toute une panoplie de mots pour décrire un état spirituel méditatif particulier et nous savons également que chez les Inuits, il existe de nombreux mots variés pour décrire la neige selon des spécificités très particulière de leur environnement.
Dans ces deux cas, nous ne possédons pas cette richesse descriptive et cela influe sur notre vision du monde de même que la structure de notre langue détermine des différences, je ne citerai que le cas très connu de la grammaire allemande qui déplace les verbes en fin de phrase, action qui entraîne donc une « obligation » d’écouter notre interlocuteur jusqu’à la fin de son discours pour comprendre ce qu’il veut dire, donc, de surtout ne pas l’interrompre !!!!
à moins bien sûr que ce qu’il nous dit ne nous intéresse pas…
Auf wiedersehen !
Vaarwel !

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