LEONARD COHEN, SA VISION DE LA CRÉATIVITÉ ET DU TRAVAIL DE CRÉATION

par | Avr 12, 2016 | INDIVIDU, Les Arts et Cultures, Mon Carré De Sable | 0 commentaires

Pour Léonard Cohen exprimer sa créativité est un travail intense, patient est une énorme constance. D’après lui on ne devrait jamais quitter un projet avant de savoir exactement son potentiel.

« La taille d’un diamant doit être totalement terminée avant de pouvoir en évaluer sa pureté et sa perfection. » Leonard Cohen

La poésie et les chansons de Leonard Cohen ont influencé de nombreux auteurs-compositeurs-interprètes et on compte plus de 1 500 reprises de ses chansons2. Cohen est introduit au Panthéon de la musique canadienne en 1991, au Panthéon des Auteurs et Compositeurs canadiens en 2006, au Rock and Roll Hall of Fame en 2008. Il est un Compagnon de l'Ordre du Canada (CC) depuis 2003 et Grand Officier de l'Ordre national du Québec (GOQ) depuis 2008, les plus hautes distinctions décernées respectivement par le gouvernement du Canada et le gouvernement du Québec
Dans tous ses travaux, Leonard Cohen reprend souvent les mêmes thèmes : l’amour-passion, la religion, la solitude, la sexualité et la complexité des relations interpersonnelles.

LEONARD COHEN 

Le réputé chanteur-compositeur canadien, poète, romancier Léonard Cohen (21 septembre 1934) fait partie des esprits les plus créatifs et les plus exaltants du siècle passé.
Lauréat du prestigieux prix Grammy Lifetime Achievement, d’innombrables autres récompenses, il y a même un moine bouddhiste célèbre du nom de Rinzai qui a déclaré que sa musique populaire a étendu son champ dans les domaines de la poésie et de la philosophie, rien que ça !
Au moment où Bob Dylan commençait seulement à percer Leonard Cohen avait déjà plusieurs volumes de poésie à son actif et deux romans à succès y compris les Beautiful Losers acclamés par la critique qui a conduit le célèbre Allen Ginsberg a remarqué que « Dylan a soufflé l’esprit de sa musique à tout le monde, excepté Léonard Cohen ». Une fois qu’il s’est tourné vers l’écriture de chansons à la fin des années 1960, le monde de la musique a alors changé à jamais.
 
Songwriters on Songwriting (Anglais) Broché – 29 mai 2003, de Paul Zollo (Auteur)
Maria Popova commente cet impressionnant recueil d’interviews des auteurs compositeurs dans lequel figurent également Pete Seeger sur l’originalité, Bob Dylan sur le sacrifice et l’esprit inconscient, Carole King sur la transpiration par rapport à l’inspiration [dans le domaine créatif] et il y a donc la référence de la conversation spectaculaire avec Léonard Cohen en 1992 qui commence en considérant le but de la musique dans la vie humaine :
de manière générale, il y a toujours des chansons significatives pour les gens, que ce soit dans le domaine de la séduction quand ils rencontrent leur conjoint leur premier flirt, une circonstance exceptionnelle qui est associée au souvenir d’une mélodie ou d’une chanson particulière mais aussi pendant qu’on fait la vaisselle ou une chanson particulière qui nous accompagne dans une journée anodine, bref des circonstances qui font que la musique a quelque chose de particulier dans nos vies nous avons tout l’exemple d’une chanson qui nous a marqué parce que nous l’avons entendu à un moment précis de notre vie ou quelque chose d’extraordinaire s’est passé.
Concernant l’éthique du travail, Léonard Cohen mentionne qu’il aborde ses sessions de travail avec un acharnement extraordinaire, beaucoup de constance et énormément de sérieux ; cette précision est importante car elle nous fait prendre conscience que l’inspiration est certes une preuve d’excellence mais que sans le travail cette inspiration risque d’être négligée et inexploitée.
Cette mention que l’inspiration sans le travail ne sert à pas grand-chose est mentionnée par plusieurs autres artistes que Léonard Cohen, à commencer par Tchaïkovski le célèbre compositeur russe (« un artiste qui se respecte ne doit pas rester les doigts croisés sous prétexte qu’il n’a pas envie de travailler ») également mentionné par la romancière Isabel Allende (« montrer, montrer, montrer, et après un certain temps la muse montre trop ! ») Également par le peintre Chuck Close (l’inspiration caractérise les amateurs –… le travail acharné transforme cette inspiration en génie), confortée par l’auteur très apprécié qu’est EB White (« un écrivain qui attendrait des conditions idéales pour commencer à travailler risque de mourir sans mettre un seul mot sur le papier »), secondé par le célèbre romancier de l’époque victorienne Anthony Trollope (« ma conviction concernant l’écriture d’un livre est très semblable à la conception que je fais de la cordonnerie : l’homme qui va travailler le plus fort à sa réalisation et travaillera avec le but le plus honnête fonctionnera au mieux ») et finalement le célèbre designer italien Massimo Vignelli (« il n’y a pas de conception sans discipline. »).

Léonard Cohen, dit Zollo :

“je suis toujours en train d’écrire. Et comme les chansons commencent à fusionner, je ne fais rien d’autre que de l’écriture. Je voudrais être une de ces personnes qui ont écrit rapidement des chansons. Mais, je ne suis pas, donc, cela me prend beaucoup de temps pour savoir ce qu’est la chanson et finalement, je travaille la plupart du temps […]
pour trouver une chanson que je peux chanter, pour monopoliser mon intérêt, pour percer la barrière de mon ennui avec moi-même et mon désintérêt pour mes propres opinions, pour franchir tout ça, cette chanson doit se présenter à moi avec une certaine urgence. Pour être en mesure de trouver finalement la version finale je passe à chaque fois par de nombreuses versions intermédiaires de me renouveler cent fois.
Mon domaine immédiat de la pensée est bureaucratique et fonctionne un peu comme un embouteillage. Mon état d’esprit ordinaire et très semblable à une salle d’attente, donc, pour pénétrer ce bavardage et ce débat de sens qui occupe la majeure partie de mon attention, je dois trouver quelque chose qui parle vraiment à mes intérêts les plus profonds. Sinon je me promène d’un endroit à l’autre sans but et sans destination. Donc pour trouver cette chanson, cette chanson urgente énormément de versions beaucoup de travail et beaucoup de sueur.
Mais pourquoi mon travail ne serait pas difficile ? Le travail de presque tout le monde est difficile. On est un petit peu bluffé par cette idée qu’il existe une telle facilité dans la source d’inspiration que tout est rapide et facile dans la création d’une chanson par exemple. Et certaines personnes sont persuadées que c’est le cas mais ce n’est pas du tout ce qui me caractérise. Je dois énormément travailler pour avoir un résultat acceptable selon moi.”
Il ajoute plus loin :
la liberté et la restriction ne sont que des termes de luxe à celui qui est enfermé dans un cachot de la tour de la chanson. Ce ne sont que… des idées.
Je n’ai pas le sens de la restriction ou la liberté. Je n’ai que le sens du travail acharné.
 
Lorsqu’on lui a demandé s’il avait constaté que le dur labeur lui était agréable Léonard Cohen fait écho à la distinction de Lewis Hyde entre le travail et la main-d’œuvre créative et considère que ce travail épanouissant signifie réellement :
« Il a une certaine nourriture. Le corps mental et « musclé ». Cela vous donne une certaine foulée quand vous marchez le long d’un paysage lugubre qui constitue vos pensées intérieures. Vous donnez un certain genre de ton à cette activité. Mais la plupart du temps, ils ne vous êtes pas c’est justes un travail difficile.

Mais je pense que le chômage a la grande affliction de l’homme. Même les personnages ayant un emploi sont au chômage. En faite la plupart des gens ayant un emploi sont au chômage. Je peux dire, heureusement et avec gratitude, que je suis pleinement employé. Peut-être que cela signifie que tout travail est entièrement utilisé. Leonard Cohen illustre en outre le point que ses idées ne sont pas simplement des points avancés comme ça, citant un ami écrivain qu’il connaît bien qui a dit que l’esprit de Leonard Cohen « et non pollué par une seule idée », ce qu’il a pris comme un immense compliment.
Au lieu de cela il met l’accent sur la valeur de l’itération et note que son travail consiste, lorsque Zollo lui demande si chaque chanson commence par une idée lyrique, Leonard Cohen se défend de tout lyrisme littéraire, il considère que son art n’est tout simplement qu’un art mineur.
Leonard Cohen aborde la question de savoir d’où viennent les bonnes idées, souvent charmante, irrévérencieuse, produisant la ligne désormais légendaire que Paul Holdengräber cite dans sa conversation avec David Lynch sur la créativité. Leonard Cohen ajoute : « si je savais d’où viennent les bonnes chansons, j’y serais allé plus souvent, elles naissent dans des conditions mystérieuses, un peu comme la vie d’une religieuse catholique, elles sont mariées à un mystère !
Mais les points les plus émouvants de Leonard Cohen sur Songwriting, transcende la spécificité du métier et étendent aux universaux de la vie. Aborder l’étonnement de Zollo au fait que Leonard Cohen a jeté énormément de chansons entièrement finies, il réfléchit sur le bien-fondé du processus créatif nécessaire – cette étrange notion qui fait que même après avoir passé beaucoup de temps sur une œuvre le résultat ne nous convient pas forcément et nous décidons de nous en séparer. Il sera nécessaire de tout avoir investi de nous-mêmes pour que seulement en fin de compte en regardant le résultat final il arrive que nous prenions la décision de tout abandonner mais c’est cette notion de tout avoir donné qui va faire que nous pourrons justifier l’abandon sans regret, cette attitude peut se retrouver également au niveau du travail comme au niveau de l’amour.
Avant d’écrire un couplet ou un refrain, je dois écrire tous les mots, toutes les idées qui le composent je ne peux pas jeter un refrain incomplet sans l’avoir terminé et sans avoir cette sensation qu’il est insatisfaisant je n’arrête pas avant de l’avoir terminé car c’est dans l’écriture même de ces versets que le délice de l’écriture apparaît les intérêts pour les mots et les facettes émergentes de ce qui vient d’être écrit, certaines phrases peuvent capturer la lumière et parfois c’est une révélation.
Leonard Cohen renvoie la notion que ce travail acharné en devient presque un impératif existentielle : « j’ai toujours eu l’habitude de travailler dur. Mais je ne savais pas que ce travail allait jusqu’au point de changer profondément l’esprit… je ne sais pas vraiment ce qui s’est passé. Sans doute que toute cette procédure est limitée, il doit bien y avoir une fin quelque part c’est certain déjà parce que de toute façon, nous sommes tous mortels.
Compte tenu de son intérêt constant dans le processus de création lui-même plutôt que sur le résultat final, Léonard Cohen fait un beau cas pour l’art de l’auto renouvellement en explorant les récompenses les plus profondes et les jouissances qu’il a puisées dans l’écriture qu’ils l’ont gardé actif pendant un demi-siècle : il a affaire avec deux choses, l’une est l’urgence économique. Je ne gagne jamais assez d’argent pour me dire : « oh, l’homme je crois que je vais obtenir un yacht maintenant et pouvoir faire de la plongée sous-marine ! Mais je n’ai jamais amassé assez d’argent pour pouvoir prendre ce genre de décision à propos de ce que je pourrais faire dans la vie. En plus de cela, j’ai été formé dans ce qui est devenu plus tard connu sous le nom de l’école de la poésie de Montréal. Avant, il y avait des prix avant, il y avait des subventions avant, il y avait même des filles qui se souciaient de ce que je faisais. Nous nous rencontrions, dans un groupe vaguement défini de quelques personnes. Il n’y avait pas de prix, comme je le disais, pas de récompenses autres que le travail lui-même nous lisions les uns et les autres des poèmes. Nous avons été passionnément impliqués avec des poèmes et nos vies ont participé à cette profession…
nous avons eu dans nos esprits les exemples de poètes qui ont continué à travailler toute leur vie. Il n’y avait aucune certitude qu’un jour nous arriverions au succès et nous allions percer. Ce genre de sensibilité n’a tout simplement pas prit racine dans mon esprit jusqu’à très récemment
donc, j’ai toujours eu le sentiment de me contenter d’avoir une bonne santé tout simplement. Jamais je n’ai eu le sentiment qu’un jour je pourrai obtenir la gloire et la richesse.

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