Marina Abramovic, artiste extraordinaire !

En 2010, Marina Abramovic a passé 700 heures assise sur une chaise au sixième étage du MoMA à New York.

Dans ses performances, Marina Abramovic mettra à l'épreuve ses propres limites physiques et psychiques, avec des objets dangereux et des médicaments. En 1974, elle enroule par exemple un python autour de sa tête comme un turban, et se couche au centre d'une étoile de flammes . Entre 1976 et 1988 elle travaille en duo avec l'artiste Ulay. Ils réalisent ensemble toute une série d'actions : "Les relations works", ou le couple n'a de cesse de questionner les identités sexuelles et les rapports de forces qu'ils sous-tendent au travers de performances en galerie ou dans des espaces publics. Abramovic & Ulay prennent en compte l'espace, le temps et le corps.
 
En fin de cet article, un magnifique vidéo très émouvant ou Marina Abramovic et son ex partenaire de vie, l’artiste Ulay se retrouvent dans le cadre même de la performance de Marina … C’est excellent !!! 

Mais qui est Marina Abramovic au juste ?

Marina Abramović ; née le 30 novembre 1946 à Belgrade) est une artiste serbe qui étudie les frontières du potentiel physique et mental à travers ses performances. Faisant partie du courant artistique de l’Art corporel, elle s’est lacérée, flagellée, a congelé son corps sur des blocs de glace, pris des produits psychoactifs et de contrôle qui lui ont causé des pertes de connaissance. Une artiste très particulière donc… Elle est l’objet du documentaire Marina Abramović: The Artist Is Present de Matthew Akers et Jeff Dupre sorti en 2012.

Avec Ulay, l’artiste qui va partager sa vie pendant 12 ans une profonde symbiose !

Elle étudie les Beaux-Arts et, dès 1973, commence à réaliser des actions où elle pousse les limites de son corps. Elle signe une série d’œuvres, Rythm, dans laquelle elle absorbe des psychotropes, se taillade, se brûle et invite les spectateurs à la malmener –, elle affirmera par la suite que « si on laisse le pouvoir au public, on peut être tué ». En 1976, elle rencontre l’artiste allemand Ulay. Les deux travaillent et vivent ensemble. Pendant vingt ans, ils se définissent comme un « corps à deux têtes ». Ils réalisent des scènes où ils se dénudent et s’installent dans l’entrebâillement de la porte d’une galerie, s’entremêlent les cheveux et se collent les lèvres pour respirer le même air, jusqu’à la suffocation. En 1988, ils se séparent et entament une longue marche sur la Muraille de Chine, chacun démarrant aux extrémités opposées et rejoignant l’autre au milieu pour célébrer la rupture de leur relation tumultueuse. Par la suite, Marina Abramovic continuera une carrière seule, participera à la Documenta à Cassel et remportera le Lion d’or à la Biennale de Venise en 1997. Ses créations, avec Ulay ou en solo, ont été recréées à l’occasion de la rétrospective du MoMA.
"Certes la situation des Balkans me touchait d'autant que je suis d'origine serbe. Tous les os empilés faisaient clairement référence au conflit. Mais il s'agissait surtout en interrogeant la barbarie, de donner plusieurs niveaux de lecture. La référence est valable pour toutes les guerres, les charniers… Toutes les questions sur notre rapport à l'environnement, à sa destruction par l'homme lui-même m'intéressent. C'est surtout de cela dont je traite.", nous a confié Marina Abramovic.

Une grande performance médiatique

L’artiste contemporaine, à qui le Musée d’Art Moderne de NYC a consacré une importante rétrospective, y a réalisé une performance, « The Artist Is Present ». Le dispositif est simple : chaque jour, à l’ouverture du musée le matin, Marina Abramovic s’assoit, vêtue d’une longue robe unie, et les visiteurs viennent, un par un, s’installer en face d’elle. Ils se fixent pendant quelque temps, sans échanger aucune parole, jusqu’à ce que le visiteur se lève et laisse la place à un autre. Certains restent deux minutes, d’autres quelques heures. Beaucoup explosent en sanglots. Marina Abramovic joue son rôle de Pythie de Delphes contemporaine et muette.

Le buzz total au Modern Art Museum

Marina Abramovic fait toujours sensation sans rentrer dans le sensationnalisme. The Artist Is Present, rediffusée sur Internet, a créé une effervescence à New York, où des centaines d’anonymes ont fait la queue devant le MoMA. Le photographe italien Marco Anelli a réalisé des portraits des visiteurs, toujours très émus. La blogosphère s’est entichée de l’événement, un blog ayant même été ouvert intitulé Marina Abramovic Made Me Cry, (Marina Abramovic m’a fait pleurer). Les témoignages évoquent la force du regard de l’artiste, la conversation silencieuse qui s’installe, la douleur ou la joie qui ressortent pendant la performance. Des curiosités ont aussi eu lieu. Une artiste, Anya Liftig, s’est habillée exactement comme Marina Abramovic et les deux ont passé une journée en face à face. Un autre, Amir Baradaran, l’a fait rire en recouvrant son visage de slogans. Une femme est venue à plusieurs reprises, chaque fois habillée de manière différente, dont une fois avec un voile intégral. Paco Blancas, un maquilleur installé à New York, est venu plus de quatorze fois. à l’image d’un « Où est Charlie ? » contemporain, on retrouve son visage à plusieurs reprises sur Internet. « S’asseoir en face d’elle est une expérience qui transforme, a-t-il déclaré, c’est lumineux (…) elle presse le bouton qui fait sortir toutes les émotions. » Le plasticien chinois Tehching Hsieh, qualifié par Marina Abramovic elle-même de « maître » et devenu célèbre après avoir passé un an dans une cage en bois, s’est aussi installé face à l’artiste. L’événement a eu son lot de stars, une frange de l’intelligentsia s’étant passionnée pour la création.

Un flot ininterrompu de vedettes et d’inconnus sont venus s’assoir.

Deux minutes ou une journée. Le musicien Lou Reed, le comédien sex-symbol arty James Franco, les actrices Sharon Stone, Isabella Rosselini ou Isabelle Huppert sont venus s’asseoir devant Marina Abramovic. Ces VIPs n’ont pas fait les cinq ou six heures de queue pour arriver à la chaise de l’artiste. Les anonymes raillent ce privilège. Pour eux, l’attente fait partie de l’expérience, l’émotion vient aussi avec la patience. La durée de passage de chaque personne devant l’artiste n’est pas fixe ; ils restent en moyenne environ un quart d’heure mais certains n’ont tenu que deux minutes tandis que d’autres six ou sept heures. Impossible de prévoir combien de temps va durer l’attente. Ceux qui sont venus à plusieurs reprises évoquent les liens qui se créent entre les participants. Un habitant de Brooklyn, venu une dizaine de fois, a attendu plusieurs heures et, au moment d’aller s’asseoir, a laissé sa place au suivant, affirmant qu’il reviendrait à la fin. Au départ, Marina Abramovic n’avait pas imaginé que cette attente allait faire partie de la performance. Au fur et à mesure, The artist Is Present a dépassé le cadre des deux chaises et s’est étendue au musée en entier. De même, une table la séparait initialement des visiteurs. Au bout d’un mois, elle a jugé que la table représentait un rempart qui freinait le rapport au public et a décidé de la retirer de l’installation. C’est toute la force de Marina Abramovic : être une artiste contemporaine mondialement célèbre et se remettre toujours en question. Elle ose chambouler son travail en pleine action, imaginer des alternatives, assurer une continuité.


Marina en larmes.

En deux mois et demi, Marina Abramovic aura scruté le visage de plus d’un millier de personnes. Des New-yorkais, anonymes, artistes ou célébrités ont été émus par son regard fixe et impassible. Sa sérénité n’aura connu qu’une exception. Le soir du vernissage, son ancien compagnon et collaborateur, Ulay, est venu s’asseoir face à elle. La foule s’est tue et Marina Abramovic s’est mise à pleurer. Après quelques minutes, elle a avancé les bras vers lui et lui a serré les mains pendant quelques instants, brisant pour un court instant les règles de sa propre performance. 

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