L’ÉTRANGER D’ALBERT CAMUS – ARCHÉTYPE CONTEMPORAIN ?

Les dernières actualités me font penser à un roman que j’apprécie énormément, L’Étranger d’Albert Camus.

Les thèses développées dans ce roman dont l’action se passe au temps de la colonisation de l’Algérie par la France, sous-tendent la friction larvée entre deux cultures et un rapport obligatoirement conflictuel puisque tout peuple dominé, entend bien s’affranchir un jour où l’autre avec d’autant plus de violence séparatrice que le colonisateur utilisera la force et la répression pour maintenir son autorité et ses privilèges.

Il faut que les Européens prennent conscience de cette frustration et cette révolte qui a embrasé toutes les anciennes colonies, les exemples sont nombreux, inutile de les rappeler ici.

L’action du livre d'Albert Camus se déroule en Algérie française. Meursault (le narrateur) apprend par un télégramme la mort de sa mère. Il se rend en autocar à l’hospice, près d’Alger. Il n’exprime ni tristesse ni émotion.
L’Étranger d’Albert Camus est  un classique de la littérature et de l’étude des ressorts psychologiques

De plus en plus d’Européens ressentent que cette situation d’occupation se renouvelle mais, cette fois-ci, à leurs dépens. 

Il ne faut effectivement pas négliger le fait que le flot de migrants qui arrive toujours de plus en plus nombreux sur notre continent est perçu comme une menace par les autochtones qui constatent qu’il y a déjà un grand soucis au niveau de l’emploi, des sans abris et surtout du choc provoqué par les gouffres culturels, là aussi, des exemples multiples.

Les grands responsables sont de plus en plus identifiés, stigmatisés et à mon humble avis, à juste titre. Les gouvernants, responsables de l’immigration et de l’intégration n’ont pas du tout tenu compte de ce que peuvent ressentir les habitants qui animent et alimentent notre société, les efforts qui nous ont été demandé sont très lourds – possiblement très mal évalués ? – ce qui entraîne un vaste rejet des nouveaux arrivants lié avec une volonté très tiède de leur part de vouloir s’intégrer. 
La communication a été extrêmement mal faite, je pense sincèrement que les Européens sont solidaires, généreux et bienveillants, nous l’avons démontré régulièrement, mais la manière de nous imposer cette situation n’est absolument pas la bonne.
Malheureusement, nous sommes dans le cas typique d’une administration bornée, qui veut imposer Sa solution en devenant de plus en plus sourde aux propositions, et maintenant, aux revendications du peuple et ne souhaite qu’une chose, mettre en place le plan qui a été élaboré avec opiniâtreté, entêtement et autoritarisme au détriment de toute logique.
Cette fuite dans la confrontation est en train de mener tout droit vers ce que beaucoup de consultants identifient maintenant comme une guerre civile, avec, comme signe avant coureur, la montée prodigieuse des mouvements politiques d’extrême droite, tel que le FN en France. Je ne prends ici aucune position politique, j’affirme simplement que la valorisation des thèses défendues par ce mouvement auraient beaucoup moins d’écho si nous étions dans un environnement politique clair, où la valeur citoyenne de la population était vigoureusement soulignée et représentait un idéal fort d’inclusion des nouveaux arrivants, ce qui n’es pas le cas, la majorité ne reconnaissent pas l’autorité et la prévalence de nos institutions démocratiques, ils remettent même en cause le concept même de la démocratie, ce qui devrait être inacceptable dans une société telle que la notre.
Albert Camus s’interroge sur la place de l’être humain dans la société et plus particulièrement de l’individu transplanté dans un pays d’adoption où les différences culturelles sont nombreuses. 
Nous avons tous en mémoire (pour les plus vieux…) l’épisode dramatique de la colonisation algérienne jusqu’à son tragique dénouement dans la guerre, le sang et les larmes.
Dans « L’Étranger » Albert Camus fait le parallèle entre la mort humaine d’une part et le désespoir que son caractère inévitable entraîne dans son existence (avec une répercussion directe sur son bonheur de vivre) et la mort de la société algérienne sous l’occupation coloniale dont l’issue dramatique était elle-même également prévisible.
Il s’identifie lui même très fortement à son personnage principal, Algérois aussi et souffrant de ce même sentiment d’être un étranger où qu’il soit et où qu’il aille. Ce décalage peut amener des individus à se déconnecter du réel en devenant impassibles, sans émotions apparentes quand, soudain, un élément déclencheurs amène une prise de conscience existentielle… Pour Meursault -Albert Camus, c’est la visite de l’aumônier qui lui fera « reprendre vie » dans une situation qui me fait penser au « Dialogue entre un prêtre et un moribond » de DAF de Sade… 
Pour certains qui remettent violemment en cause des styles de vie, des modèles de sociétés, ce désespoir les entraîne parfois dans une violence qui peut trouver un exutoire dans le fanatisme, avec les horreurs inqualifiables, inadmissibles que l’on vient de voir.
Nous avons tous des responsabilités, à commencer par celle de ne pas subir, de ne pas nous taire, de ne pas laisser faire, nous n’aurons pour liberté que celle que nous prendrons, celle que nous abandonnerons risque de ne pas nous convenir…
Bien que dans L'Étranger Albert Camus ne se réfère pas explicitement à la notion de l'absurde, les principes de l'absurdité fonctionnent dans le roman. Ni le monde extérieur dans lequel Meursault évolue ni le monde intérieur de ses pensées, de même que son comportement, ne relèvent d’un ordre rationnel.

L’Étranger d’Albert Camus

Albert Camus est à la fois un écrivain, un dramaturge, un essayiste, un journaliste et un philosophe français. Il est notamment connu pour ses idées humanistes fondées sur la prise de conscience de l’absurdité de la condition humaine et ses prises de positions politiques. C’est également le 9e français à avoir obtenu le Prix Nobel de littérature en 1957.
L’Étranger est un roman philosophique traitant de l’Absurde, l’absurde de la condition humaine du fait de l’inéluctabilité de la Mort qui surviendra obligatoirement et viendra mettre un terme à nos espoirs, à nos rêves et à nos désirs.
Dans son roman, Albert Camus dépeint le personnage principal Meursault, le narrateur du livre, comme un être qui ne ressent aucune émotion particulière, le livre débute par exemple par la nouvelle de la mort de sa mère, qu’il apprend par télégramme mais qui le laisse toutefois indifférent. Il n’exprime ni tristesse ni émotion, que ce soit à l’hospice où se trouve son corps, pendant qu’il veille son cercueil et également pendant les obsèques, il observe simplement les gens, il n’éprouve aucun chagrin ni tristesse.
L’action se déroule en Algérie française, Merseault est un Pied noir et se sent comme un étranger à Alger, dans une double référence à l’Étranger, celui qui vient d’ailleurs, qui a sa propre culture – situation que tous les émigrants vivent profondément ! – et Étranger aussi dans le sens de différent, privé d’émotion, étrange.
Le lendemain des funérailles de sa mère, Meurseault rencontre une ex collègue de travail, Marie, avec qui il engage une relation qui va le mener à accepter la demande en mariage de Marie, sans enthousiasme cependant, il ne montre pas plus de sentiment ou d’affection envers Marie qu’à l’enterrement de sa mère.
Le roman se déroule ensuite vers une fin que l’on voit arriver imparablement, tout à fait en accord avec la thèse d’Albert Camus que la vie ne vaut guère la peine d’être vécue du fait que l’on se dirige irrémédiablement vers son terme, quoi que l’on fasse.
Mersault -Albert Camus ayant commis un meurtre est jugé, reconnu coupable d’autant plus qu’il n’éprouve, là non plus aucun remord ni même aucune justification à son crime, ce détachement non seulement ne lui attire aucune clémence mais son acte le fait condamner à mort.
Tout au long de son emprisonnement et jusqu’à la veille de son exécution, Meursault affiche la même indifférence, semblant ne rien ressentir. La rencontre avec l’aumônier, qui tente de prendre sa confession la veille de l’exécution, va toutefois réveiller sa révolte !
Le prêtre lui promet une autre vie s’il se tourne vers Dieu…
Profondément athée, Meursault-Albert Camus entre dans une grande colère et met le prélat dehors. Il est convaincu que seule la vie est tangible mais que l’inéluctabilité de la mort lui enlève toute sa signification. C’est alors que, paradoxalement, se développe dans l’épilogue un autre trait de caractère de Meursault, il découvre finalement son attachement matériel, sensuel, à la vie. Il se découvre surtout comme faisant partie intégrante de ce monde. Meursault est si proche de la nature et si loin des hommes. Pour Camus, c’est à travers la révolte, la colère, la violence que l’homme découvre l’absurdité de la condition humaine et c’est cette révolte qui peut finalement donner une orientation à la vie, la sortir de sa platitude et de sa creuse insignifiance.
« Comme si cette grande colère m’avait purgé du mal, vidé d’espoir, devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l’éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j’ai senti que j’avais été heureux, et que je l’étais encore. Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu’il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu’ils m’accueillent avec des cris de haine. »
Pour Albert Camus, notre existence n’a aucun sens rationnel ni aucune prédestination. C’est parce que nous éprouvons des difficultés à accepter ce vide existentiel que nous tentons en permanence d’identifier ou de donner une signification rationnelle à nos actes et à la rechercher dans toutes les émanations des épisodes qui jalonnent nos vies. Le terme « absurde » décrit cette vaine tentative pathétique de l’humanité à trouver un sens rationnel là où il n’existe pas.
Ni le monde extérieur dans lequel Meursault évolue dans ce livre, ni le monde intérieur de ses pensées, ne relèvent d’un ordre rationnel. Meursault n’est pas logique dans ses actes, comme sa décision de se marier ou celle de commettre un meurtre par exemple. Néanmoins, la société, tente toujours de fabriquer ou d’imposer des explications rationnelles aux des actions irrationnelles de Meursault parce qu’il le perçoive comme une menace. Pourtant, ces explications n’ont aucun fondement et ne sont que des tentatives pour désamorcer l’idée effrayante que l’univers est irrationnel. Le livre traduit cette vaine tentative de l’humanité d’imposer la rationalité dans un univers irrationnel.
La deuxième composante majeure de la philosophie de l’absurde d’Albert Camus est l’idée selon laquelle la vie humaine n’a pas de sens ou de but rédempteur. Camus fait valoir que la seule chose certaine dans la vie est l’inéluctabilité de la mort. C’est parce que tous les êtres humains finiront par rencontrer la mort que toutes les vies sont dénuées de sens. Tout au long du roman, Meursault évolue progressivement vers cette révélation, mais il n’en saisit pleinement la réalité qu’après sa dispute avec l’aumônier. Parce que la révolte est la seule réponse à l’absurde. Il prend aussi conscience que son indifférence au monde est corrélée par l’indifférence du monde à son égard. Comme tout humain, Meursault est né, mourra, et n’aura plus d’importance. L’acceptation de l’inéluctabilité de la mort libère Meursault des faux espoirs. Celui notamment d’une vie durable, qui n’était en fait qu’un fardeau qu’il traînait. Il est donc libre de vivre sa vie pour ce qu’elle est, et tirer le meilleur parti des jours qui lui restent.
email

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Recevoir une info-lettre de Mon Carré De Sable ? OUI je le veux !